mercredi 7 juin 2017

Les aurevoirs des Adélies! / Goodbye of the Adélie penguins!



En Français ci-dessous!


In English:

When we finally expected to have less busy times, everything has accelerated over the last week and we have not had the chance to sit for a minute. Hence I am late with giving news again. I am now writing from the Southern Ocean pretty far from the ice already, but in an ocean that does not give us much rest either.

Last week, the long ice stations came one after the other and as soon as we reached the marginal ice zone (the northern limit where the sea ice ends), we started again the sampling with the zodiac, so it has been very intense. We had expected to have two days at the marginal ice zone to pack and secure our (4,5 tons of) material before starting our rough journey through the Southern Ocean. However for some reasons it was decided at the last moment that we had to head north two days earlier, so it is in the open ocean and in the middle of a storm that we had to pack our 95 boxes and secure them all. That was pretty much a nightmare, because we were exhausted and every movement was a pain with the heavy swell we were encountering. So it is 2 days and many bruises later that things are finally all secured, so we can have a little rest after 10 weeks without a single day off.

With the rush, we did not have the time to appreciate that we were leaving the ice. Since several weeks, many people are only focusing on the idea to go home, but I personally was very sad to leave the ice and the wonderful sceneries we have experienced. Exploring this part of the world was a dream since my youth, so I could not realize that it was “already” over. Even though, I miss my partner and close-ones very much, I do not feel in a hurry to get back to the civilization, because I feel good and at the right place in this environment. During our last station, the conditions were pretty tough, the wind was picking up and burning our faces, but penguins Adélie came to say goodbye and their encouragements and little dance meant a lot to us. At the end of this long station, we have taken our last group photo and then we gathered in the galley as we always do to eat and discuss about our day. These moments are always relaxing and full of laugh and jokes, but they are short, because many hours of work in the lab have to follow.

On our way to the marginal ice zone, we have crossed the path of many huge icebergs coming from the Antarctic continent few hundreds of kilometers away. They give relief to this sea ice desert and with the sun that started to flirt with the horizon the sceneries were incredible. I have looked for long at these sceneries and try to print them deeply in my mind; they are without a doubt the nicest view I have ever seen (see photos below).

We are now in the middle of the Southern Ocean in a storm that did not let us sleep much the last 24 hours. In a little week, we will reach New-Zeeland and this great adventure will be over. We cannot wait to touch the continent and eat fresh food, but the journey will still be long to reach our homes. Part of my heart stayed in the Ross Sea, so my emotions are a mixture of sadness to have left the ice and excitement to see my beloved ones again.

In the next days, I will publish a post with some more science on a “journey around the world” and then share with you our impressions after stepping on land.
Thank you so much for your encouragement and emails. Until the 13th of June, you can contact me on the email: celia.sapart.guest(a)nbp.usap.gov (replace (a) by @), after that, please write to me at: csapart@ulb.ac.be.

All the best.

Swelly greetings from the Southern Ocean
Célia

En Français


C’est en naviguant sur une mer maintenant bien agitée que j’arrive enfin à vous écrire quelques nouvelles. Je pensais que la semaine dernière demeurerait plus calme, mais tout s’est accéléré en arrivant à la limite nord de la banquise. Nous avons enchaîné plusieurs longues stations sur la glace, puis l’échantillonnage depuis les zodiacs.

Derniers paysages avant de quitter la glace consolidée/ Last scenery before leaving the consolidated ice

Nous étions censés rester jusqu’au 7 juin dans la zone marginale de la banquise, mais pour des raisons que nous ne comprenons pas vraiment, ce lundi nous avons commencé à naviguer vers le Nord à toute vitesse alors qu’une grosse tempête s’annonçait devant nous. Les conditions de navigation sur la glace sont en général assez stables, même si les vents se lèvent, mais ce n’est pas le cas dans l’océan ouvert. Une tempête nous a heurtés de plein fouet en quittant la glace et nous avons rencontré jusqu’à 8-10 mètres de vagues ce qui nous a forcé à tout attacher d’urgence dans nos laboratoires. Nous pensions avoir 2 jours au calme pour emballer nos 4,5 tonnes de matériel dans nos (95 !) caisses, donc ce fut une bien mauvaise surprise de devoir faire cela à la hâte. Nous étions épuisés et les mouvements incessants du bateau nous ont fortement compliqué la tâche, mais le plus gros est enfin empaqueté et sécurisé, donc c’est un immense soulagement.

Malheureusement, la situation ne nous a par permis de bien réaliser que nous quittions la glace. Nombreux sont ceux qui depuis plusieurs semaines ne pensent plus qu’au retour sur la terre ferme, mais personnellement, même s’il me tarde énormément les retrouvailles avec ma moitié et mes proches, j’avoue que quitter la glace m’a rendue infiniment nostalgique. Je suis restée un instant dans la nuit sur le pont à regarder les derniers morceaux de glace qui se raréfiaient autour de nous. Je me suis souvenue de la fillette de dix ans qui rêvait de découvrir cet univers et qui malgré bien des montagnes à franchir a finalement pu le vivre, le voir et le sentir. Difficile d’accepter que cette aventure était « déjà » finie et la seule chose que j’avais en tête était de trouver un moyen pour y revenir un jour.

Notre dernière longue station sur la glace s’est terminée en apothéose. Il faisait très froid et le vent ne nous laissait pas de répit, mais les paysages étaient incroyables. Un immense iceberg flirtait avec l’horizon et donnait du relief à ce désert de glace.

L’équipe belge prête à partir pour sa dernière longue station sur la glace (photo prise par Bettina Sohst) / The Belgian team ready to leave for its last long station on the ice (picture taken by Bettina Sohst)

En route pour le dernier site de forage/ on the way to the last drilling location

Gauthier, Jean-Louis et moi-même en train de forer et emballer nos carottes de glace / Gauthier, Jean-Louis and myself drilling and packing sea ice cores

Jean-Louis qui extrait la carotte fraîchement forée afin que je la nettoie et l’emballe / Jean-Louis extracting the freshly drilled ice core from the barrel before I clean and pack it

Forage avec un iceberg en arrière-plan/ Drilling with an iceberg in the background

Alors que nous étions concentrés sur notre travail, nous avons reçu la visite surprise d’une tribu de manchots Adélie. Nous avions vu des Empereurs depuis le bateau mais aucun Adélie jusque-là, donc leur présence était exceptionnelle. Ils semblaient venir contrôler que nous ne faisions rien de mal, puis ils sont partis vers le bateau et revenus vers nous en fin de journée comme pour nous dire au revoir avec une petite danse. Ils avancent sur le ventre à une vitesse surprenante, cela leur permet notamment d’être moins affectés par le vent. Ce jour-là, ils se sont préparés un abri derrière une ride (de la glace empilée du fait de la compression de la banquise), car le vent se levait d’heure en heure.

La danse des Adélies/ The Adélie’s dance

Un manchot Adélie / An Adélie penguin

Un manchot Adélie / An Adélie penguin

Sous des vents grossissant, nous avons donc fait notre possible pour remballer notre matériel au plus vite et faire quelques dernières photos sur la glace. Voici donc quelques portraits. Les autres personnes sur le bateau passent beaucoup moins de temps sur la glace que nous et ce jour-là, ils ont décidé de faire la photo de groupe de la mission devant le bateau sans nous attendre. Nous en étions fort attristés, donc nous avons fait notre propre photo de groupe.

Fanny

Gauthier dans une tempête de neige/ in a snow storm

Célia (moi-même) dans une tempête de neige/ in a snow storm

Jeroen

Bruno

Jean-Louis

L’équipe Belge après sa dernière longue station sur la glace/ The Belgium team after its last long ice station

Ben, notre responsable sécurité sur le terrain qui enlève les derniers drapeaux /Ben, our field safety specialist removing the last flags


Après chaque station, nous devons porter tout le matériel à bord du bateau et ouvrir toutes les caisses pour tout nettoyer. Ensuite, nous nous retrouvons tous ensemble au labo pour enlever nos nombreuses couches d’habits avant d’aller manger une tartine (car nous finissons bien après les repas) à la cantine. Ces moments sont en général fort joviaux, car nous lâchons la pression et nous débriefons sur la journée. Nous avons aussi tendance à nous moquer les uns des autres ce qui se termine en grands moments de rigolade. Mais cela ne dure jamais longtemps, car nous devons immédiatement commencer les mesures au laboratoire et cela souvent durant la nuit qui suit nos longues heures sur la glace.

Moment de décontraction au labo après avoir enlevé nos lourdes combinaisons/Relaxing moment in the lab after having removed our heavy warm suits.


Lors de notre départ de la banquise, nous avons eu la chance de rencontrer (à distance) d’immenses icebergs qui peuvent faire plusieurs dizaines de mètres de haut. Ce sont de véritables montagnes de glace qui proviennent du continent (à plusieurs dizaines voir centaines de kilomètres de là) et avec le soleil qui ne quittait pas l’horizon, les paysages étaient simplement sublimes. J’ai essayé d’imprimer toutes ces images d’un autre monde bien profondément dans ma mémoire et je vous les fais partager ici.

Iceberg au levé/couché de soleil /Iceberg at the sunrise/sunset.

Iceberg au levé de soleil /Iceberg at the sunrise.

Iceberg qui m’a beaucoup fait pensé au Mont Saint-Michel, France/Iceberg that made me think of the « Mont St-Michel » in France

Paysage lunaire/Moon scenery

Iceberg à la limite nord de la banquise avec le soleil qui montre enfin le bout son nez /Iceberg at the northern limit of the sea ice with the sun that finally comes up

Des pancakes et de l’eau fumante à l’horizon qui témoigne de la formation de la glace /Pancakes and smoking water at the horizon. It shows that ice is forming.

Des pancakes de toutes les tailles. /Pancakes of all sizes

Un immense iceberg au milieu des pancakes  /A large iceberg in between the pancakes

Nous voici donc sur la route du retour depuis 2 jours et même si la science continue pour moi (car je fais des mesures de gaz à effet de serre dans l’atmosphère jusqu’à notre arrivée en Nouvelle-Zélande), les choses se calment un peu et nous espérons pouvoir récupérer avant de devoir gérer le cargo à l’arrivée. Pour l’instant, il est très difficile de trouver le sommeil, car le bateau bouge beaucoup, mais cela devrait s’atténuer selon les prévisions. Demain, toutes les personnes qui ont passé le cercle polaire du Sud pour la première fois devront se faire « baptiser » par le Roi Neptune. C’est une tradition ! Fanny et moi en faisons partie, car nous avons déjà traversé le cercle polaire arctique, mais pas celui de l’Antarctique, de ce fait nous redoutons un peu cette journée à venir. Puis d’ici ce week-end, quand la mer sera plus calme, nous aller faire notre concert avec la petite chorale et le groupe de musique que nous avons créé à bord. Puis il nous faut préparer le rapport scientifique de fin de mission et préparer des présentations sur nos premiers résultats ce qui n’est pas mince affaire. Nous n’allons donc pas nous ennuyer dans la semaine à venir. Pour l’instant, il est prévu que nous arrivions en Nouvelle-Zélande entre le 12 et le 14. Il nous tarde vraiment de toucher la terre ferme et surtout de pouvoir enfin manger correctement.
D’ici à notre arrivée, je vais enfin pouvoir poster mon dernier article « plus scientifique » sur un grand voyage autour du monde, puis je vous raconterai nos impressions de retour sur le continent. Si tout se passe comme prévu, nous serons donc de retour en Belgique le 19 juin au matin. Le décompte a  donc commencé.

Merci encore pour tous vos messages. Vous pouvez encore m’écrire à l’adresse du bateau (celia.sapart.guest(a)nbp.usap.gov (remplacer le (a) par @)) jusqu’au 13 juin, après il faudra m’écrire sur mon adresse : csapart@ulb.ac.be.

Bonne fin de semaine à tous et de grosses bises de l’Océan Austral !
Célia




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