samedi 15 avril 2017

En route pour les "50èmes hurlants"/ On the way to the "Furious Fifties"

En Français ci-dessous

In English:
This Tuesday 11th of April at 6:30pm, we finally left the harbour of Lyttelton with a lot of excitement, but quite some worries concerning the weather forecast that was not so optimistic. To reach the Ross Sea, we have to cross the Southern Ocean that includes the “Roaring Fourties”, “The Furious Fifties” and the “Screaming Sixties”. In this area of the globe, there is no continent, so nothing can break the waves nor slow down the wind. Moreover, the cold Antarctic waters are meeting there the warmer water masses from the mid-latitudes which involves heavy currents. The old sailors were used to say that: “Under the Roaring Forties no laws exist anymore, but below the Furious Fifties, no god exist anymore”. This sentence is dancing around in my head since several weeks and I feel very exited to sail on the roughest seas on Earth, but I am also quite afraid about sea sickness.

The departure felt quite special, because we left the continent at night, so we could not appreciate the very nice sceneries of this region as we would have liked to. We could only see the lights of Lyttelton fading out at the horizon. That was our last contact with the continent for a very long time.

It is never easy to leave the civilization for so long, but this time it feels more peculiar, because these days, the world is changing very fast and what is going on with the international politics does not announce anything positive. Several of us are wondering how the world will look like at our return in June. We are leaving to the Antarctic sea ice that was until now quite preserved from climate change in comparison with arctic sea ice which has lost about 50% of its extend over the last 50 years. But this year, for the first time, the Antarctic sea ice extend is much lower to what has ever been recorded and everything seems to go much worse as what has ever been predicted. In the same time, state politicians in the US and in Russia are taking the decisions to start emitting even more greenhouse gases and based on nothing, they deny that climate change is caused by human activity which makes absolutely no doubt in the scientific community.
So it is more motivated than ever that we are going to study what is going on downthere to show it to the world and we hope for the best at our return.

It is with all these thoughts in my head that I finally managed to fall asleep for my first night in the Southern Ocean. This night has been short, because the waves woke us up many times and at the dawn, almost everyone was sick (I was lucky enough not to have suffered from sea sickness), so the scientists were walking around a bit as zombies on the ship. In such conditions, every movement requires a lot of energy.

We had to have our safety training to try on our safety suits in case the ship would have to be evacuated. These suits should allow us to survive in cold water for some hours. It is always fun to try it on, but we hope that we will never have to wear them for real, because we know that if something serious happens, it would take more than a week for the rescue team to reach us!

During the rest of this first week at sea, we had several safety, organisation and scientific meetings and day after day the sea sickness got better for much of the scientists. We have been very lucky, because the forecast was announcing very high waves (up to 12m) in crossing the “Furious Fifties”, but we managed to cross them right in between two depressions, so the wave height was limited (about 5m). But it seems that heading to the “Screaming Sixties”, the wave height will increase again. Let’s hope for the best.

We are now Saturday afternoon (UTC+12) at 58 degrees S and it will still take some days to reach the ice (about 68degrees S), because we are only sailing at about 9 knots. We will do our first stop to sample water tomorrow morning and the next day and then head down to the Ross Sea. More news from me as soon as we reach the ice.

Thanks a lot for your messages and nice words, that helps to keep the mood up. All the best and have a good Easter.
Célia

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En Français
Ce mardi 11 avril à 18h30, nous avons enfin quitter le port de Lyttelton avec beaucoup d’excitation, mais aussi pas mal de réticence du fait des prévisions météorologiques qui n’étaient pas optimistes. Pour atteindre la mer de Ross qui est l’étendue d’eau la plus au Sud de la planète, nous devons traverser l’Océan Austral qui comprend les 40èmes rugissants, les 50èmes hurlants et les 60èmes vociférants qui sont les noms donnés par les marins aux parallèles situés entre 40, 50, 60 et 70 degrés Sud. Du fait, qu’il n’y a pas de terre pour freiner les vagues et le vent dans ces zones du globe et de la rencontre des eaux froides de l’Antarctique avec les eaux plus chaudes, les vents et les courants marins y sont très forts. Il existe un dicton de marins qui dit : « Sous 40 degrés Sud, il n’y a plus de loi, mais sous 50 degrés Sud, il n’y a plus de dieux ». Cette phrase résonne dans ma tête depuis plusieurs semaines et je trouve cela fascinant de pouvoir naviguer dans une zone du globe tellement crainte par tous, même si je ne cache pas avoir peur malgré tout.

Le charmant petit port de Lyttelton / The cute little harbour of Lyttelton
Dernières photos du bateau au port/ Last photos of the ship at the harbour

Dernières photos du bateau au port / Last photos of the ship at the harbour
Le départ était assez particulier, car il faisait nuit, donc nous n’avons pas pu profiter des magnifiques paysages de cette région comme je l’avais espéré, mais nous sommes restés sur le pont pour voir les lumières de la civilisation s’éloignées à l’horizon jusqu’à ce que nous soyons dans l’obscurité totale.

Vue sur l’arrière du bateau au moment du départ du port/ View on the aft when we left the harbour

Un pilote est venu à bord pour aider les officiers à faire sortir le brise-glace du port de Lyttelton. Quand sa tâche fut effectuée, une vedette est venue le chercher et il a quitté le bateau en nous souhaitant bon vent ! / A pilot came on the ship to help the officers to leave the harbour of Lyttelton. When his job was done, a boat came to pick him up and he wished us all the best.

Quitter la civilisation et le continent pour plusieurs mois est toujours très émouvant. Surtout en cette période où le monde est en train de changer si vite et où la politique internationale n’annonce rien de réjouissant. Nous sommes nombreux à nous demander dans quel monde nous allons rentrer dans 10 semaines. Nous partons vers la banquise antarctique qui jusqu’à lors était encore relativement préservée des changements climatiques en comparaison avec la banquise arctique qui a perdu 50% de son étendue en 50 ans. Mais cette année pour la première fois, l’étendue de la banquise antarctique montre également une importante diminution et les choses semblent s’emballer au-delà des pires prédictions climatiques. Au même moment, les chefs d’états notamment russes et américains prennent des décisions inconscientes qui vont avoir des répercutions catastrophiques sur notre environnement et notre société. Leurs actions et leur déni de la réalité vont engendrer d’énormes émissions à gaz de serre supplémentaires qui vont empirer une situation déjà critique au niveau du climat de notre planète et de nos existences.
C’est donc, non sans crainte, mais avec une motivation sans pareil que nous partons dans ces régions magnifiques, mais hostiles, pour évaluer l’état des dégâts afin de pouvoir montrer au monde les conséquences de nos actes!

Fanny et Jeroen heureux de partir en mer / Fanny and Jeroen happy to leave to the sea

Jean-Louis qui observe les dernières lumières du continent avant l’obscurité totale / Jean-Louis looking at the last bit of lights on the continent before the total darkness.

Les dernières lumières à l’horizon/ The last little lights far away

Et nous voici loin de la civilisation, dans l’obscurité totale / And here we are far from the civilization in the total darkness

C’est donc avec l’esprit rempli de sentiments contradictoires, que je me suis endormie pour ma première nuit agitée en mer. Je me suis réveillée plusieurs fois du fait des fortes vagues qui nous faisait par moment bien tanguer, mais c’est au petit matin que la mer a pris de l’ampleur et que presque tout le monde a souffert du mal de mer. Au petit matin, les visages étaient pâles, les regards vitreux et les mouvements très peu précis. J’ai la grande chance de ne pas avoir été malade cette fois-ci, car avec l’expérience, je sais que ce qui me convient ou non pour éviter le mal de mer. Je bois et je mange des aliments acides (p.ex. des cornichons, des pommes, du jus de canneberge) et des crackers de riz pour stabiliser mon estomac. Puis je bois beaucoup de tisane de gingembre ce qui permet d’éviter la nausée. Mais ce qui est important surtout, c’est de ne pas avoir peur, car cela joue un rôle important également, donc il ne faut pas trop réfléchir.

De ce fait, c ‘est à bord d’un navire contenant des scientifiques un peu zombies que nous avons du faire nos premiers exercices de sécurité et d’évacuation du bateau. Il y a différentes sirènes sur le bateau et chaque son signifie quelque chose de bien précis. En cas de problèmes graves et si nous devions quitter le navire en pleine mer (ou dans la glace), nous devrons tous porter des combinaisons de survie qui sont censées nous permettre de survivre plusieurs heures dans les eaux glaciales polaires. Ces combinaisons sont bien hermétiques et de ce fait compliquées à enfiler, surtout sur un bateau qui tangue. C’est toujours amusant de le faire en exercice, mais on espère ne jamais devoir les mettre pour de vrai, car on sait tous très bien que si quelque chose se passe en mer de Ross, il faudrait plus d’une semaine au secours pour nous atteindre.

Fanny luttant contre le mal de mer et essayant de mettre sa combinaison de survie/ Fanny fighting against sea sickness and trying to put on her survival suit

Moi-même empaquetée dans ma combinaison de survie, mes cheveux refusaient d’y entrer/ Myself well packed in my survival suit, only my hair would not accept to fit in

Bruno, la classe à la Française avec sa veste de sécurité. Cette veste nous servira quand on travaillera sur la glace, car elle nous permettra de flotter au cas où on tombe dans l’eau ou à travers la glace / Bruno, the french class, with his flotation jacket in case we fall in the water or through the ice.

Le reste de cette première journée en mer, nous l’avons passée à nous reposer, car cette traversée des 40èmes rugissants au 50èmes hurlants a été bien agitée. Nous avons eu des creux de plus 5 mètres. C’est difficile de faire des photos représentatives, mais quand la mer est dans cet état, le moindre mouvement est une contrainte et c’est très fatiguant, car on doit sans cesse trouver notre équilibre.

Dans de telles conditions, nous ne pouvons pas sortir, donc c’est depuis le hublot que j’ai pris des photos. / In such sea conditions, we are not allowed to go out, so it is from the porthole that I took photos

Le lendemain, quand les conditions se sont brièvement améliorées, nous avons rapidement mis le nez dehors avec Fanny / The next day when the conditions were better for sometimes, we dared to very quickly go outside with Fanny.

Vue depuis le pont supérieur d’où les officiers pilotent le bateau. Malgré les vagues, mes lignes atmosphériques sont toujours là / View from the bridge where the officers are navigating the ship. Even though the high wave heights, the atmospheric lines are still well attached.

Vue à babord depuis le pont. On peut y voir un des canots de survie/ View from starboard from the bridge, we can see there one of the survival boat

Les prévisions météorologiques nous annonçaient des creux de plus de 12m pour le passage des 50èmes hurlants à cause d’importantes dépressions sur cette zone. Il semble que nous ayons eu une chance incroyable, car nous sommes passés juste entre deux dépressions, donc depuis vendredi, la mer est plus calme et nous avons pu aller un peu à l’extérieur pour faire des photos et prendre l’air.

Vue vers la poupe, on reconnaît déjà les beaux dégradés de bleues des eaux polaires que nous approchons. / View on the aft. We can already see the nice blue colors of the polar waters that we are approaching.

Sécurité avant tout, on est obligé de porter nos vestes de sécurités dès qu’on sort sur le pont inférieur. C’est difficile de le voir sur la photo, mais nous étions entourés de très grosses vagues. / Safety goes first, we are obliged to wear flotation jackets while walking on the aft. It is hard to see it on the photos, but we were surrounded by large waves.

Les vagues prennent de l’amplitude, il nous fallut donc rentrer à l’intérieur / The waves are becoming higher again, so it was time to get back inside.

Depuis notre départ, nous avons principalement passé du temps en réunion pour discuter de la science et planifier ce que nous allons faire dès que nous arriverons sur la glace. Mais nous avons aussi pris du temps pour nous reposer, contrôler le matériel et faire connaissance les uns avec les autres. En ce qui me concerne, toutes les machines marchent au poil, ce qui tient du miracle vu la complexité des instruments. C’est le cas également pour Gauthier. Croisons les doigts pour que cela dure.
Il est maintenant samedi après-midi (UTC +12) et nous sommes à 58 degrés Sud, donc il nous faudra encore plusieurs jours pour rencontrer de la glace (vers 68 degrés Sud), car la formation de la glace est fortement retardée cette année. Mais nous allons nous arrêter pour faire des mesures en mer dès demain. Aux dernières nouvelles, il semblerait que la météo va s’envenimer dans les prochaines heures, nous devrions atteindre des creux de 8 mètres. Ou peut-être allons nous à nouveau avoir de la chance et passer à côté, c’est ce que nous espérons fortement.

Merci à tous pour tous vos messages qui font grand bien au moral. Je vous donnerai plus de nouvelles dès que nous arriverons sur la glace. Bon week-end de Pâques à tous ! Je pense très fort à vous !

Célia
N’hésitez pas à m’écrire à l’adresse suivante : celia.sapart.guest(a)nbp.usap.gov (remplacer le (a) par @)


3 commentaires:

  1. Je t'ai envoyé un mail mais il ne passe pas... grrrrr

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  2. Coucou Marie, zut alors. Tu peux essayer à csapart@ulb.ac.be et on me le transfèrera. De gros bisous à toi.

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