mercredi 19 avril 2017

Traversée du cercle polaire austral : il y a comme une odeur d’iceberg dans l’air ! / Crossing the southern polar circle: there is like a smell of iceberg in the air!

En Français ci-dessous

In English:
It is after a short night often broken by abrupt wake-up caused by the rolling of the ship that we started our Easter Sunday. A nice surprise was waiting for us: some nice people had decorated the galley and hidden Easter eggs around the ship and on our cabin doors. That was definitely a great start of a very pleasant day. Later in the day, a BINGO was organised and that was definitely a great occasion to get to know each other and to have some fun together (see photos below). The Belgian Team won 2 prices out of 5, so that was quite a success for us!

Many people were wearing bunny outfits! That is possible (and fun!) on a US vessel, but it would not be allowed on a French vessel where rabbits are bringing bad luck according to sailor superstition. There it is even not allowed to say the word “Rabbit” on board a ship! The rest of Easter day was filled with our first ocean station (I will tell more about the ocean and ice stations in a next post) and with several scientific and safety meetings. We had to discuss how to organise the ice stations that will be coming as soon as we are in the sea ice. Working on the ice can be very dangerous therefore a good preparation is crucial. We need to make sure to have the appropriate gears, communication tools and that we are all trained to use the radios, GPS and snow machines in case of emergency.

During this time, the waves did not let us too much rest, but everyone was slowly getting used to the sea dancing hence life on board was more and more pleasant. As soon as the time and weather allowed, Fanny and I went outside for short walks around the ship to breath fresh air and take photos of the waves, but the waves are definitely more impressive from the portholes at the main deck where I had a lot of fun trying to catch the biggest wave (see pictures below).

On Monday and Tuesday, we could start feeling that Antarctica was not far away. The temperature dropped clearly outside (and in the ship). On Tuesday evening, right at the moment when we crossed the southern polar circle, we had the chance to see the first big iceberg of this expedition (see photos below). All the young scientists ran to the bridge to watch it from there with Jean-Louis and Steeve, the most experienced Antarctica fellows on this ship. It was a very special moment, but the night was coming, so the light was very poor to take good photographs. That also means that the sea ice is not so far so we are more than ready to get on the ice and start the hard work there. When you will read these lines, we will just have reached the ice marginal zone, but to let you wait, please appreciate some pictures of the ship that slowly starts to be covered in white.
Thanks again for all your nice messages and comments! I will write you more about the science we do here in the coming posts and I will make some portraits of some people I met here and who have fascinating life stories.
All the best and à bientôt!
Célia
Do not hesitate to contact me/us: celia.sapart.guest(a)nbp.usap.gov (replace (a) by @)

En Français
C’est après une nuit courte et entrecoupée de nombreux réveils brusques du fait des vagues que nous nous sommes réveillés ce dimanche de Pâques. Mais en sortant de nos cabines, nous avons découvert que pendant la nuit, des personnes courageuses avaient bravé l’instabilité du bateau pour décorer les parties communes et coller des petits paquets de chocolats de Pâques sur nos portes. Cela nous a tous mis de bonne humeur dès le matin et c’est une journée de Pâques fort sympathique qui s’annonçait.

«Le tableau de la cantine qui nous souhaitait « Bonne Pâques » / The white board at the cantine that wished us Happy Easter»

La cantine décorée pour l’occasion/ The galley decorated for the occasion

Petits cadeaux de Pâques sur nos portes de cabines / Little Easter presents on the doors of our cabins
Dès le matin, nombreux sont ceux qui ont porté des oreilles de lapins, ce qui peut se faire sur un navire américain, mais certainement pas sur un navire Français, car selon les superstitions des marins français, le lapin représente la malchance, donc il n’est pas autorisé de dire ce mot à bord.

Gauthier qui porte à merveille ces petites oreilles de lapin en peluche rose en compagnie de Jean-Louis qui en est jaloux ;) / Gauthier, wearing these very fancy pink bunny ears and Jean-Louis who is jealous of them ;)
Certains coordinateurs et techniciens du support scientifique avaient organisé pour nous une partie de bingo (ce qui est l’équivalent d’un match au loto pour les amis Suisses). Je n’ai rien gagné, mais l’équipe belge s’est bien défendue en gagnant 2 lots sur 5 et nous avons surtout passé un très bon moment tous ensemble. Cela nous a aussi permis d’apprendre à mieux nous connaître. J’ai eu le grand plaisir de découvrir plusieurs personnalités passionnantes qui ont des histoires de vie assez incroyables. Je vous les présenterai à travers des portraits dans mes prochains articles.

Ma table de bingo / My Bingo Table

Les gentils organisateurs  / The nice organizers
Durant cette journée, nous avons eu plusieurs réunions et exercices de sécurité, notamment pour préparer nos campagnes de mesures sur la glace qui vont commencer vers le 20-21 avril quand nous arriverons dans la banquise. Une station représente un point géographique où nous allons faire des mesures et prendre des échantillons d’eau, de glace et d’air. Nous aurons au total 7 stations de 24h sur la banquise et plusieurs stations à bord d’un zodiac pour échantillonner des morceaux de glace en formation. Une bonne préparation est donc essentielle pour minimiser les risques d’un tel déploiement, surtout en vue des conditions actuelle de glace.
Pendant ce temps, la mer continuait sa danse incessante et nous faisait tanguer. Dès qu’elle se calmait un peu, nous sortions avec Fanny pour prendre quelques photos. Sur la photo ci-dessous, vous pouvez apprécier l’angle entre l’horizon et le sommet du treuil. Cela vous donnera une idée de l’amplitude du roulis.

Vue sur le poupe/ View on the aft
Mais c’est depuis le laboratoire au “rez-de-chaussée” du bateau que les vagues sont les plus impressionnantes. Elles viennent claquer sur le hublot et nous rappellent constamment leur puissance.


Vue depuis le hublot du laboratoire atmosphérique / View from the porthole of the dry aft lab. 
Les jours suivants, nous avons commencé les stations océaniques où nous échantillonnons de l’eau à différentes profondeurs et cela jusqu’au fond de l’océan à plus de 3,5km de profondeur (je vous parlerai plus en détails de nos méthodes et du but de nos mesures dans un prochain article). Nous commençons donc à être bien occupés et plusieurs équipes travaillent en horaires décalés, mais en ce qui nous concerne, nous devons tous être présents sur chaque station, donc les heures de sommeil vont commencer à être comptées.

Dès que la mer se calme un peu et que le temps le permet, j’en profite pour aller me promener à l’extérieur quelques minutes en espérant voir le premier iceberg de cette mission.

ma dernière sortie sans gants et sans équipement polaire sur le pont / my last walk on the deck without gloves and polar equipment
La température a fortement baissée (il fait désormais environ -15°C) sans que l’on s’en rende compte, donc il faut désormais faire attention en sortant, car toutes les parties en métal du bateau sont très froides et glissantes. Mais surtout, ce mardi 18 avril, nous commencions à sentir l’Antarctique et c’est à la minute précise où nous passions le cercle polaire austral (66°33’S) que nous avons vu notre premier iceberg venant de la calotte Antarctique. La nuit commençait à tomber, donc ce fut difficile de faire de bonnes photos, mais tous les novices de l’Antarctique se sont retrouvés sur le pont supérieur du bateau avec Jean-Louis et Steeve (le chef scientifique) qui ont passé tous les deux une bonne partie de leur vie en Antarctique et qui savent si bien partager leur passion. C’était un moment unique et très excitant, car cela signifiait que la banquise était proche !

Notre premier iceberg de la mission, environ 30m de haut / Our first iceberg of the expedition

Notre premier iceberg de la mission, environ 30m de haut / Our first iceberg of the expedition

Notre premier iceberg de la mission, environ 30m de haut / Our first iceberg of the expedition
Il existe très souvent une confusion entre les termes « banquise » et « icebergs », mais ces deux mots ne signifient pas du tout la même chose. La banquise est de l’eau de mer qui gèle sous l’effet de très faibles températures atmosphériques et souvent sous l’effet de fort vent. Elle gèle en commençant par la surface, puis en se développant verticalement vers le bas tout en emprisonnant les sels et autres impuretés (dont les gaz) présentes dans l’eau de surface. Son épaisseur dépasse rarement les 2 mètres. Les icebergs, sont des morceaux de glace continentale qui se détachent des gigantesques calottes glaciaires notamment du Groënland et de l’Antarctique (plus de 3km d’épaisseur). Ces montagnes de glace non salée flottent sur l’eau en direction des latitudes plus faibles. Ils peuvent atteindre des dizaines de mètres de hauteur hors de l’eau, mais des profondeurs bien plus importantes sous la surface. De ce fait, ils sont de véritables dangers pour les navigateurs, souvenez-vous du naufrage du Titanic ! Quand ces icebergs se décrochent des calottes glaciaires et tombent dans l'océan, ils entraînent une élévation du niveau de la mer. Cela est le même principe que quand on prend un bain, l'eau monte dans la baignoire quand on s'immerge. Quand les icebergs fondent, cela entraîne également un apport d'eau continentale (moins salée, donc plus légère) vers la mer ce qui peut changer les courants océaniques. Quand la banquise fond, cela entraîne aussi des changements notamment au niveau des courants océaniques et de la quantité de chaleur stockée dans l’océan, mais pas d’élévation du niveau de la mer, car c’est de l’eau de mer gelée qui flotte, puis qui fond et redevient de l’eau de mer. Il se peut que des icebergs soient pris dans la banquise et cela donne l’impression d’avoir des montagnes au milieu d’une mer de glace.
Il est important de bien savoir faire la différence entre ces deux types de glace, car un navire brise-glace est capable de briser la banquise, mais en aucun cas, il ne serait capable de faire face devant un iceberg. Heureusement, de nombreuses décennies sont passées depuis le naufrage du Titanic et de nos jours il existe des radars permettant de repérer les icebergs à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Alors que les grands navigateurs faisaient tout leur possible pour éviter de naviguer dans la banquise en ce qui nous concerne c’est notre but premier et nous comptons les heures pour y arriver. Tout d’abord car nous sommes plus prêts que jamais pour descendre sur la glace et faire nos expériences, mais aussi car c’est un environnement unique, fascinant et magnifique. A l’heure où vous lirez ces lignes, nous y serons enfin arrivés et il me tarde de vous raconter et de vous faire partager ces magnifiques paysages, mais aussi de vous en dire plus sur ce que nous allons faire précisément. En attendant, je vous laisse avec quelques images du bateau qui, comme un caméléon, se recouvre petit à petit d’une épaisse couche blanche.

Le bateau qui petit à petit se recouvre d’une couche de glace épaisse / the ship being slowly covered by a thick blanket of ice.

Le bateau qui petit à petit se recouvre d’une couche de glace épaisse / the ship being slowly covered by a thick blanket of ice.

Le bateau qui petit à petit se recouvre d’une couche de glace épaisse / the ship being slowly covered by a thick blanket of ice.
Merci une fois de plus pour votre soutien et vos messages. Je n’ai pas d’accès direct à internet, donc pas d’accès à mes emails habituels, ni à Facebook, à part dans de très rares cas où nous avons une connexion satellite, mais cela ne me permet pas de voir ce que vous m’écrivez. Donc n’hésitez pas à envoyer vos commentaires, questions ou simplement à m’écrire (ou à nous écrire) à l’adresse suivante : celia.sapart.guest(a)nbp.usap.gov (remplacer le (a) par @). Attention, les pièces-jointes de plus de 5MB ne sont pas acceptées.
Bon vent à tous et à bientôt depuis la banquise !
Célia


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